Benoît BARRES - auteur photographe

Electrotopia de Philippe LOPPARELLI

  

Rencontres internationales de photographie - Arles 2005

 

Feuilletant comme souvent le livre d'or de l'exposition, je suis surpris des réactions d'un teufeur expérimenté (fétard en verlan), non pas de ses lamentations au regard des nouvelles réglementations draconiennes des raves party, mais bien de son enthousiasme à propos de l'exposition, que je partage, mais pour des raisons totalement différentes. Ce jeune homme semble y voir une valorisation de ces fêtes organisées aujourd'hui dans l'ensemble des pays européens. Il est vrai que l'auteur photographe, sans évidemment juger, tel n'est pas son ambition, évite les clichés qui nous assomment habituellement sur la soit-disante jeunesse décadente : abus d'alcool, consommation des drogues, incidents divers ayant engendré la disparition de quelques jeunes, d'où peut-être la satisfaction de notre teufeur. Mais Lopparelli, me semble-t-il,  ne théâtralise pas non plus, ne mystifie pas ces instants. Bien au contraire. Aucune image de fête, d'ambiance joyeuse, d'hystérie ou joie collective, de moments partagés. Le parti pris est évidemment plus subtil.


Les raves party, ces grands rassemblements de la jeunesse européenne, sont des révélateurs de notre société comme peuvent l'être d'autres phénomènes de concentrations humaines : manifestations, agglutinement de touristes sur les plages, etc. Mais elles sont aussi et surtout des lieux de juxtaposition de solitude, de « modernes solitudes » comme le chantait Alain Souchon. Ici un corps fatigué, imbibé d'alcool ou de produits illicites, repose à même le sol. Là, deux hommes, sans mot dire, fument leur cigarette.  Là encore, l'image typique du jeune qui danse seul, les oreilles collées aux immenses baffles crachant de la musique à des centaines de décibels. Ces moments, que l'on appelle de « fête », se construisent à partir d'un désir de « défoulement », d'une volonté de « fuir» le quotidien. Ce que nous montre Lopparelli - dans un espace de monstration d'ailleurs tout à fait adéquate, à savoir dans une église, autre lieu de "recueillement", avec en fond sonore de la musique électronique - c'est que la rave party permet aussi de se retrouver face à soi-même, de prendre conscience que la rencontre, la vie collective ne va pas de soi. La rave party - métaphore de la vie en société - n'est finalement qu'une illusion du « vivre ensemble », alors que l'on ne fait que vivre « aux côtés de ».

 

Site internet, Philippe Loppari, exposition "Electrotopia"



Article ajouté le 2009-04-20 , consulté 19 fois

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