Dakota (cheveux) de Ryan Mc Ginley
Rencontres Photographiques d'Arles (2005)
Lors d'expositions, on visionne une telle quantité de photographies que beaucoup ne retiennent pas notre intention. Parmi ce flot d'images, il arrive de temps en temps que l'une d'entre elles, attire notre regard. Tel fut le cas pour Dakota du jeune photographe américain Ryan Mc Ginley, présentée cette année dans la catégorie « découverte ». Pourtant mal installé, je l'ai longuement contemplée. Je ne peux dire que je suis allé à sa recherche, mais bien plutôt qu'elle est venue « me percer comme une flèche ». C'est ce que Barthes appelle le « punctum ». Je le cite : « Un mot existe pour désigner cette blessure, cette piqûre, cette marque faite par un instrument pointu ; ce mot m'irait d'autant mieux qu'il renvoie aussi à l'idée de ponctuation et que les photos dont je parle sont en effet comme ponctuées, parfois même mouchetées, de ces points sensibles : précisément, ces marques, ces blessures sont des points. Ce second élément qui vient déranger le studium, je l'appellerai donc punctum ; car punctum, c'est aussi : piqûre, petit trou, petit tâche, petite coupure – et aussi coup de dés. Le punctum d'une photo, c'est ce hasard qui, en elle, me point (mais aussi me meurtrit, me poigne). ». J'ai donc été touché par cette image, certainement parce qu'elle me fait penser à une scène de cinéma, de je ne sais quel road-movie américain, en en reprenant l'un de ces thèmes favoris : « le vent de la liberté ». Cette image tire toute sa richesse de son apparente simplicité (un portrait) et des nombreux symboles lui faisant référence. Grands sont les photographes qui arrivent à concentrer dans un seul cliché autant de stimulis. Attardons nous sur cette impression de «liberté » qui se dégage, grâce : au mouvement amples des cheveux détachés qui volent au vent, et occupent le 1/5ème de la photo donnant d'ailleurs le titre à l'œuvre ; aux grands espaces américains que l'on devine et qui ont tant alimenté la production artistique de ce XXème siècle ; au couché du soleil et sa lumière rasante et rassurante de fin de journée ; à la vitesse de la voiture que l'on devine au mouvement des cheveux ; à la jeunesse du modèle ; à l'idée du voyage et du roads-movies ; à la tenue dénudée. Cette « liberté » est aussi affaire de sensations. Sensation « corporelle », évidemment : les rayons du soleil réchauffent le corps, le souffle du vent effleure et caresse joyeusement la peau et les cheveux. Sensation « gustative » : le goût de cette boisson que le modèle aspire à l'aide d'une paille. Mais plus subtile aussi, sensation « auditive ». Relisons une nouvelle fois Barthes, qui préconise de fermer les yeux pour mieux voir une photo. Fermons donc les yeux. N'entendez-vous pas le souffle du vent ? Le doux ronflement du moteur s'échappant dans ces immensités désertiques ? L'auto-radio crachant de la bonne vieille musique pop-rock américaine. « Les Inrockuptibles », hebdomadaire culturel et musical ne s'y sont d'ailleurs pas trompé en en faisant la jaquette de l'un des CD de l'été. Qu'elle soit tonitruante, douce ou totalement silencieuse, je me demande si toute bonne photographie ne doit pas créer un univers sonore !
Site internet de Ryan Mc Ginley

Commentaires