Benoît BARRES - auteur photographe

L’instant decisif d’Henri Cartier-Bresson

Paris Photo 2004

 

Jeudi 11 Novembre 2004. En complément d'expositions photos au Carroussel du Louvre, les organisateurs de « Paris Photo » rendent hommage à Henri Cartier Bresson, disparu cet été, en proposant une projection du subtil film court de Sarah Moon « Henri Cartier-Bresson », suivi d'un débat en présence de la réalisatrice et d'autres anciens amis ou collaborateurs de l' « œil du siècle », comme l'a surnommé Pierre Assouline, biographe : Robert Delpire, éditeur de la quasi-totalité de ses ouvrages, les sanglots dans la voix, qui aura du mal à s'exprimer ; Maryse Cordese, présidente de la Donation Jacques-Henri Lartigues ; Jean-Pierre Montier, professeur à l'université Rennes 2, qui, alors qu'il était encore jeune étudiant, était allé présenté ses travaux de thèse à l'artiste ; Agathe Gaillard, galeriste ; Agnès Sire, directrice de la fondation Henri-Cartier Bresson, seule fondation photographique reconnue d'utilité publique ; Diane Dufour, directrice de l'agence Magnum, fondée en 1947 par Cartier-Bresson et ses amis Capa, Rodger, Chim et Vandivert. 

 


L'émotion est fortement perceptible dans la salle ! Et pourtant, le film de Sarah Moon : quelle gaieté, quelle joie manifeste, que de moments jubilatoires ! On y découvre un homme de charme, sensible, authentique, généreux, simple et très attachant. Comme le dit Robert Delpire, «ce qui est formidable, c'est que l'homme est aussi intéressant que ses photos ». Lui qui a photographié tant de personnes, ne supportait pas de se retrouver dans la situation inverse et de se faire filmer, trop conscient de ce qu'on peut y laisser, se faire prendre ou se faire voler. Subtilement, et tout en finesse, il tente de ne pas  trop se livrer sous la caméra de Sarah Moon, en se cachant de temps en temps le visage, ou en diminuant les éclairages comme pour limiter son impression sur la pellicule, et bien sûr, sans jamais dévoiler une once de sa vie intime.

 

Je me souviens d'une scène merveilleuse et stimulante, probablement lors du nouvel an chinois dans un quartier du 13ème arrondissement à Paris, qui influencera dès le lendemain ma pratique photographique dans les rues parisiennes. Totalement absorbé par son sujet, concentré et à l'affût du moindre « instant décisif », il tourne et se faufile, sans aucune gêne, au sein des badauds, spectateurs et artistes. Les deux poignets accrochés à l'appareil et l'œil toujours rivé sur l'objectif, il se meut dans l'espace comme un poisson dans l'eau. Comme un sportif, tel un joueur de ping-pong, il a son propre jeu de jambe, modifiant ses appuis en fonction des prises de vue, qu'elles soient de face ou en contre-plongée. Dextérité des mouvements des jambes et rapidité des gestes. Diversité des positions de cadrage. Puis l'acte déclencheur, les « tirs jouissifs » successifs, comme ils les nomment lui-même. Moments qu'il compare à l'orgasme. Moments cinématographiques magiques.



Article ajouté le 2008-06-25 , consulté 38 fois

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