Benoît BARRES - auteur photographe

A tout de suite, Benoit Jacquot (2005)

Certains considèrent la dernière œuvre de Benoît Jacquot, comme un petit film. Il est vrai qu'à l'opposé de ses films « intellectuels » ou « complexes », il est d'une grande « simplicité ». Cela n'a rien de péjoratif, bien au contraire, je le perçois comme une ode à une certaine fraîcheur des films de la Nouvelle Vague. Ce n'est pas la moindre de ses qualités. Simplicité de la forme : utilisation du noir et blanc très peu contrasté, avec un merveilleux étalonnage des nuances de gris dû à la technique et à la beauté des éclairages de Caroline Champetier ; proximité des personnages souvent filmés en gros plans. Simplicité du scénario : prédominance d'un personnage central, histoire d'amour racontée chronologiquement (absence de flash back par exemple), limitation des dialogues, rythme donné par la rengaine des passages aux frontières. Linéarité enfin de la mise en scène, à l'instar de cette adolescente, qui se laisse emporter par un amour, en s'abandonnant sans calcul, vers un avenir incertain (absence de déterminisme). La caméra la suit, juxtaposant des séquences latentes. Histoire d'autant plus touchante en cette période de ma vie, où l'héroïne quitte sans réfléchir – sur un coup de tête – son univers petit bourgeois, ronronnant, peu excitant, pour un amour incertain – en l'occurrence celui d'un petit voyou, traqué par les services de police après le braquage d'une banque.  Jacquot s'attache à ce moment de rupture, ou pour une raison ou pour une autre, notre vie bifurque, s'oriente vers de nouveaux chemins, forcément inconnus. Ici, c'est l'aveuglement d'une passion, qui pousse l'héroïne – elle qui n'a pas de nom – au déracinement, à l'éloignement de la cellule familiale, à la cavale. Pas de conclusion. Juste une parenthèse ou plutôt une étape, une séquence de la vie, qui en prédestine bien d'autres (cf dernières scènes). Comment ne pas terminer sur la prestance de la comédienne Isild Le Besco, d'une beauté atypique, gracieuse et charnelle, qui, filmée en gros plan par Benoît Jacquot lui donne corps, derrière une fausse simplicité.

 



Article ajouté le 2008-06-27 , consulté 35 fois

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